sommeil

Les effets des méthodes de dressage du sommeil sur nos enfants

Le sommeil est un état dans lequel on ne peut obliger un enfant à entrer. L’enfant se laisse surprendre par le sommeil. Le rôle des parents se limite à créer un environnement propice au sommeil, Dr Sears

Malheureusement, vous obtiendrez généralement un autre type de remarque de la part de votre entourage : il doit dormir, il doit savoir se coucher seul, s’endormir seul et rester couché, il doit être couché avant 20h, vous devez avoir votre soirée sans votre enfant, et j’en passe.

Ces remarques couplées à toutes les informations erronées qui circulent sur le sommeil des bébés finissent par persuader les parents que leur enfant a un problème, que leur enfant n’est pas « normal ». D’autant que beaucoup de membres du corps médical n’aident pas à diffuser la bonne information et continue de prodiguer une information erronée à ces pauvres parents désemparés.

Mais qui suis-je moi, me direz-vous, pour que ma parole ait plus d’importance pour une jeune maman que celle de sa pédiatre, de son médecin généraliste, de la sage-femme de l’hôpital ? C’est tout de même leur métier !

Malheureusement, sur les questions liées au sommeil, la force du titre l’emporte sur la véracité des conseils qu’ils prodiguent.

Et que fait le parent désemparé et épuisé que l’on a convaincu que son enfant devrait déjà dormir des nuits complètes et que le laisser pleurer un peu lui permettra de trouver le sommeil, d’apprendre à dormir ?

Il « ferberise » son enfant !

Il va donc recourir à l’une des nombreuses méthodes mises au point dans les années 80 par les Dr Spock, Valman et le plus connu chez nous, le Dr Richard Ferber, pour n’en citer que quelques-un et dont on retrouve de nombreux dérivés dans de nombreux livres et articles.

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Toutes ces méthodes sont peu ou prou identiques : il s’agit d’apprendre à l’enfant à s’endormir seul, souvent en respectant un tableau horaire de présence du parent auprès de l’enfant (vous savez le fameux 5-10-15), et le tout en une approche progressive. Elles ont également en commun de reconnaître que l’enfant pleurera mais de promettre qu’au bout de quelques jours, l’enfant cessera de pleurer et dormira ou, selon l’expression consacrée, « fera ses nuits ».

Pourtant, on le sait maintenant, et la recherche est très claire sur le sujet, ces méthodes n’ont pas pour effet d’apprendre aux enfants à dormir. Non, le fait qu’ils s’endorment vient du fait que cette situation entraîne une réaction de défense au choc émotionnel de la part du corps humain : l‘enfant s’autodrogue à coups de sérotonine et d’endorphine jusqu’à insensibiliser l’amygdale (moment où l’enfant cesse de pleurer). Concomitamment, il y a augmentation aiguë du niveau de cortisol (hormone du stress).

Dans certains cas, il arrive ce qui doit arriver en cas de choc émotionnel fort, l’enfant peut se mettre à vomir. Et non, votre enfant ne vomit pas parce qu’il veut attirer votre attention, pour vous manipuler ou faire l’intéressant, il vomit parce qu’il a atteint l’état de choc émotionnel.

Richard Ferber, lui-même, est revenu sur ses conclusions et a déclaré  »Laisser simplement un enfant dans un berceau crier seul pendant de longues périodes jusqu’à ce qu’il s’endorme, peu importe le temps que cela prenne, n’est pas une approche que j’approuve. Au contraire, un grand nombre des approches que je recommande sont pensées précisément pour éviter les pleurs non nécessaires. ». Il affirme que de laisser pleurer un bébé jusqu’à s’en épuiser n’est pas la solution aux problèmes de sommeil que les parents rencontrent chez leurs enfants. Il affirme également que le cododo peut s’avérer très efficace et être la meilleure solution pour certaines familles.

Qu’éprouve un enfant que l’on laisse pleurer ?

Le problème des bébés, c’est qu’ils ne peuvent pas exprimer de façon intelligible pour l’adulte leurs ressentis. Mais si l’on considère l’enfant comme un individu, et que l’on tente de se mettre à sa place l’espace de quelques instants, il est assez aisé de concevoir que de le laisser pleurer est un acte barbare à son encontre.

Je n’ai pas meilleure illustration du sentiment que peut éprouver un bébé dans cette situation que cet extrait de l’ouvrage de J. Liedloff, Le concept du continuum, À la recherche du bonheur perdu :

Il pleure et pleure encore ; ses poumons, nouvellement exposés à l’air, sont épuisés par le désespoir dans son cœur. Personne ne vient. Faisant confiance à la vie, comme il est inscrit dans sa nature, il fait la seule chose dont il est capable, et continue à pleurer. Finalement, une éternité plus tard, il s’endort, épuisé.

Il se réveille au milieu d’un silence cruel, dans l’oubli, dans un endroit sans vie. Il crie. Des pieds à la tête, il brûle de désir, de volonté et d’impatience. Il suffoque et hurle jusqu’à ce que ses sanglots résonnent dans sa tête et la fassent vibrer. Il crie jusqu’à ressentir une douleur dans la poitrine et dans la gorge. Il ne peut plus supporter cette souffrance. Ses sanglots s’affaiblissent et cessent. Il écoute. Il ouvre et ferme les poings. Il roule la tête d’un côté puis de l’autre. Rien n’y fait. C’est insupportable. Il recommence à pleurer, mais cela en est trop pour sa gorge épuisée ; il s’arrête. Il raidit son petit corps torturé par le désir et en retire un léger soulagement. Il agite les mains et gigote. Il s’arrête, capable de souffrir, mais incapable de penser, incapable d’espérer. Il écoute et se rendort.

Par ailleurs, comme l’écrit très justement le Dr Sears, les pleurs ne sont pas de simples sons. Il s’agit de signaux et la réponses des parents à ces signaux apprend à l’enfant que ces signaux ont une signification.

Qu’enseigne-t-on à l’enfant que l’on laisse pleurer ?

Outre, les réactions chimiques et hormonales qui résultent d’un laisser-pleurer, il y a également des conséquences psychologiques.

Ainsi au niveau psychologique, vous lui apprenez que ses pleurs n’ont aucune valeur pour communiquer. Vous lui apprenez à démissionner. Ses besoins existeront toujours lorsqu’il aura cessé de pleurer, il aura juste appris à ne plus vous solliciter afin de les combler.

Le Dr Sears écrit ainsi que « le fait de restreindre l’accès à la source de sécurité de l’enfant risque de laisser des séquelles à long terme sur son bien-être physique et mental. ».

Quelles sont les séquelles de ce types de méthodes ?

Ces méthodes ont un effet commun : le taux élevé de cortisol, d’adrénaline et autres hormones du stress libérés à l’occasion de l’épisode de traumatisme vont endommager durablement la biochimie du cerveau de l’enfant, tant ses cellules cérébrales que sa mémoire.

Les séquelles les plus importantes que l’on peut noter chez les enfants sont l’anxiété, la dépression, l’impuissance acquise (l’enfant pense que quoi qu’il fasse, il n’obtiendra jamais ce qu’il souhaite), le syndrome de stress post-traumatique (caractérisé par la peur, le désespoir ou une horreur intense), troubles de dépendance affective (dommage, pour vous qui vouliez le rendre plus autonome), perturbations du comportement (hyperactivité, hypervigilance, accès de colère, sur-réactions).

Si vous faites partie des parents qui ont appliqué ces méthodes, sachez que ces troubles sont certes réparables avec le temps mais qu’ils ne sont pas réversibles.

Pourquoi vaut-il mieux répondre aux pleurs de bébé ?

Nous avons vu les conséquences négatives de ces méthodes barbares de dressage du sommeil.

Disons quelques lignes tout de même sur les aspects positifs d’une réponse adéquate aux besoins de bébé. Les pleurs de bébé ont un impact sur le système hormonal de la maman. La mère qui laisse pleurer son bébé sape sa confiance et fausse son intuition. Elle inhibe le développement de son instinct maternel. Ainsi, a contrario, une mère qui répond aux besoins de son enfant développe son instinct maternel et apprend à reconnaître les signaux de son bébé et à comprendre son langage.

De son côté, pour le bébé, trouver une réponse à ses pleurs lui apprend que ses actions ont un effet sur les autres, qu’il a de la valeur.

« C’est le début de l’acquisition de l’estime de soi » selon le Dr Sears.

Souvenez-vous toujours que c’est une personne qui pleure.

Un bébé est une personne.

Vous ne laisseriez pas votre mari, ou votre mère, sœur, collègue pleurer, alors ne laissez pas votre bébé pleurer.

 

 

Sources :

  • Etre parents la nuit aussi, Dr William Sears
  • Un sommeil paisible et sans pleurs, Elizabeth Pantley
  • Le concept du continuum, À la recherche du bonheur perdu, Jean Liedloff

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