Education bienveillante, maternage proximal, allaitement : petit guide de survie aux réunions de famille

A l’approche des Fêtes, je vous propose un article un peu plus léger et à prendre au second degré !

Qui dit Fêtes de fin d’année, dit souvent réunion de famille. Et qui dit réunion de famille, dit instants d’amour, de retrouvailles, de convivialité mais malheureusement souvent aussi de remarques acerbes, déplacées, commentaires non demandés, avis tranchés, débats stériles. On se retrouve confrontés à Tata Ginette, Mamie Josette et Belle-Maman d’amour et pendant 24 à 48 heures, nous partons en guerre !

royalsnoel

Alors pour affronter ces délicieux instants en famille, je vous propose un petit guide de survie aux situations et remarques les plus courantes auxquelles vous risquez d’être confrontés !

Prenons 48 heures dans leur ordre chronologique pour les besoins du récit. Pour certains ce sera plus, pour d’autres (chanceux ?) moins, mais vous devriez retrouver au moins une situation qui vous parle ! Et puisque de toute façon vous en ferez forcément l’objet au moins une fois en 48 heures alors : vive les clichés !

Je vous propose donc de vous armer de votre second degré et, plutôt que d’en pleurer, d’en rire un peu.

Nous arrivons chez mes parents pour le Réveillon en début de soirée. Ce soir pas de règles, bébé/les enfants se coucheront lorsqu’ils le souhaiteront, c’est soir de fête ! (enfin comme tous les jours, non ?)

Nous saluons tout le monde. Tout le monde est là, Tata Ginette, Mamie Gertrude, Pépé, Marie-Sophie et Jean (les cousins catho aux 5 enfants), Sarah et Patrick (les cousins super bobo-hipster), et j’en passe.

Premier couac – notre grand refuse d’embrasser Mamie Gertrude. Elle s’en prend à moi. Le problème, c’est que je suis bien d’accord avec mon malpoli de gamin.

Merde, comment expliquer…

Soit je leur lance un « je ne vais pas le forcer à embrasser qui que ce soit ! Vous savez qu’habituer un enfant aux assauts physiques des adultes c’est l’habituer à ce que son consentement n’ai pas d’importance, c’est faire de lui un objet ???! ».

Et je ne parle plus à personne pendant les 48 prochaines heures (ça peut être intéressant finalement).

Soit je prends sur moi et je dis en toute douceur « nous venons d’arriver, ça fait beaucoup de monde, dès qu’il se sentira plus à l’aise, il viendra dire bonjour » et chuchoter à l’oreille de son enfant « ne t’en fais pas, tu n’es pas obligé d’embrasser qui que ce soit, c’est toi qui décide. »

Mamie lâche l’affaire et se rabat sur la petite que son père vient de poser par terre et qu’elle s’empresse d’attraper et de bisouter à tout-va. On souffle, on laisse couler, la petite survivra.

L’apéro commence, ma mère me tend un coupe de champagne parce qu’elle sait que ce n’est pas parce que j’allaite encore la petite que je ne peux pas m’autoriser un verre à l’apéro. Tata Ginette ne perd pas une seconde pour demander « Mais alors tu n’allaites plus la petite ? »

Soit je lui lance un « et ta gueule quand est-ce que tu ne l’ouvriras plus ?  » – trop tôt, trop tôt.

Soit je prends sur moi et je lui explique qu’il y a la même dose d’alcool dans le lait que dans le sang et que finalement cette coupe de champagne sera l’équivalent en termes d’alcool pour la petite d’un fruit trop mûr ou d’un sirop contre la toux. Elle fait mine de comprendre mais je vois bien qu’elle n’est pas convaincue.

Sarah, la cousine bobo-hispter qui mange bio, recycle ses déchets mais porte un sac en cuir Chanel et n’allaite pas sa fille de 3 mois en profite pour lancer un « d’ailleurs tu comptes l’allaiter encore longtemps ?? » (dans ce récit ma fille a 8 mois, mais cette question peut arriver à tout moment, soyez prête, personne n’y échappe, parole de scout !)

Celle-là, je m’y attendais.

Soit je lui explique les vertus du lait maternel, que c’est la norme, que la France est pourrie par les lobbies industriels, que l’OMS et le PNNS recommandent un allaitement exclusif jusqu’à 6 mois puis jusqu’à au moins 2 ans en complément d’une diversification, que le sevrage naturel intervient entre l’âge de 2 ans et l’âge de 7 ans ! Mais, là on est partis pour la soirée et parler à un mur risque de vous apporter davantage de frustration que de satisfaction.

Soit je lui réponds que j’hésite encore entre l’allaiter jusqu’à son Bac ou jusqu’à la fin de la fac parce que c’est prouvé, les enfants allaités sont plus intelligents et ont des QI plus élevés 😀

Dans les deux cas, elle sera saoulée et elle passera à une autre conversation.

L’apéro se poursuit et on fait passer les enfants à table. Parce que oui, les enfants ne mangent pas avec les adultes voyons !! Vous êtes des hippies ou quoi ? On s’y plie.

Lorsqu’ils ont fini, nous, les adultes, passons à table. Les grands continuent à jouer mais la petite, fatigue. Je m’excuse auprès de ma mère et sors l’écharpe de notre valise. Et sous les yeux ébahis/choqués/saoulés des autres convives, je l’installe pour qu’elle puisse s’endormir. Marie-Sophie ne peut pas se retenir et lance un « si tu l’endors comme ça à chaque fois, elle va s’y habituer et elle ne s’endormira jamais seule ».

J’ai envie de la claquer. Mais j’ai envie de la claquer même quand elle ne parle pas la poule pondeuse donc finalement ça n’y change pas grand chose.

Pas d’alternative, je lui demande juste de la fermer et d’aller s’acheter une pilule. Je plaisante. Je prends sur moi et je lui explique calmement que comme je ne connais aucun bébé qui tète à 10 ans, je ne connais aucun enfant qui s’endorme en écharpe à cet âge là non plus. Et d’ailleurs, c’est le moment de lancer « votre petit Paul dort toujours avec sa tétine à 5 ans, non ? ».

Le repas continue et l’heure d’aller coucher les enfants arrive. J’entends ma mère dire à Sarah et Jean qui dorment chez elle (nous aussi) qu’elle leur a déplié le lit parapluie dans la chambre d’amis et qu’heureusement que nous ne nous en servions pas car autrement elle n’avait personne pour leur en prêter un cette année ! Sarah se retourne vers moi indignée « mais elle dort ENCORE avec vous ?? ».

Après l’allaitement, ma fille, cette assistée d’enfant de 8 mois dort toujours avec ses parents. C’est décidément vraiment une demeurée.

Soit je lui explique les bénéfices du cododo, que c’est également naturel et recommandé et j’entre dans un second débat sans fin.

Soit je prends sur moi et je lui réponds simplement que c’est notre choix de ne pas enfermer notre enfant dans une cage. Elle me déteste mais reste polie.

Les enfants dorment. Le repas se poursuit et dans le fil des conversations quelqu’un lance le sujet de la violence éducative ordinaire et de la loi qui a été votée récemment. Toute la table se tourne vers mon mari et moi, les hippies en chef. On nous demande ce qu’on en pense. Pépé lance un fameux « moi je me suis pris des coups de ceinture toute mon enfance et je n’en suis pas mort ! ».

Soit j’explique les fondements de l’éducation bienveillante, ce que sont les violences éducatives ordinaires, que 10% des enfants en France sont maltraités et à quel point il est important de changer le visage de l’éducation que reçoivent nos enfants. Mais vue l’audience, je risque de me retrouver face à un mur, une nouvelle fois.

Soit je prends sur moi et je lance à Pépé, « mais oui t’as raison Pépé, ma voisine s’est faite violée aussi et elle n’en est pas morte ». Plombage d’ambiance garanti !

La soirée se termine et tout le monde va se coucher. Vous avez envie de vous pendre, c’est normal. Mais il faut encore survivre au déjeuner du lendemain chez la belle-famille.

Vous arrivez chez les beaux-parents, tout le monde est là : beau-papa, belle-maman, Mamie Odette, Soline et Martin les cousins qui ont fait des enfants pour faire des enfants et surtout Fabienne et Tobias, les cousins « allemands » (lui est allemand et ils reviennent d’expatriation).

Pendant l’apéro, je donne le sein à la petite et Soline s’apprête à lancer un « tu l’allaites encore ?? » mais elle se fait couper l’herbe sous le pied par Tobias qui lance fièrement « elle en a de la chance cette petite d’être encore allaitée en France ! En Allemagne, on allaite en moyenne 12 mois, c’est vraiment le minimum pour que les enfants grandissent bien » (Tobias aurait pu être de n’importe quel pays autre que la France, ça fonctionne aussi). Enfin, en 48h, un commentaire bienveillant. Je souffle.

On fait passer les enfants à table. N’oubliez pas, ils ne mangent pas avec les adultes ces petits êtres. On s’adapte, le grand profite de ses cousins, il s’en fiche finalement. Je prends quelques légumes du plat principal et propose des morceaux de la taille de son poing à la petite. Ma belle-mère me fait les gros yeux. Elle hésite. Elle hésite. Et finalement c’est plus fort qu’elle, elle me lance un « mais, vraiment, je ne comprends pas pourquoi tu t’obstines à lui donner de si gros morceaux, elle va s’étouffer ! ».

Ah ! Celle-là on ne l’entend pas souvent car il est rare que l’on fasse manger la petite devant les gens !

Soit j’ose l’incident diplomatique et je lui lance un « vous avez raison, je suis vraiment une grosse irresponsable de mère qui veut étouffer son enfant, je vais de ce pas lui écraser tout ça pour le gaver comme une oie, vous n’aviez pas fait de foie gras d’ailleurs cette année non ? ».

Soit, sous l’oeil inquiet du mari, je lui lance un « ne vous en faite pas, elle gère très bien les morceaux. Au pire, je connais les gestes de premier secours et si vraiment ça n’aide pas, nous en mettrons un troisième en route pour pallier son absence. »

La belle-mère tire la gueule. Tant pis, elle l’a cherché.

Au même moment, notre grand (5 ans) vient vers moi et me dit « maman, je voudrais manger une pomme et la couper seul ». Je lui dis bien sûr, et l’accompagne à la table. Je lui tends un couteau et je reste à côté de lui tandis qu’il coupe sa pomme. Mamie Odette s’empresse de me sauter dessus et me traiter d’irresponsable de le laisser si jeune un couteau entre les mains. Elle me balance un « c’est bien beau tous vos principes mais là, c’est du laxisme ».

Je cherche le laxisme, je ne le trouve pas. J’offre à mon enfant l’autonomie qu’il recherche tout en assurant sa sécurité. Étouffe toi avec un croûton, Mamie Odette !

La petite a fini ses morceaux de légumes sans s’étouffer (qui l’eût cru !) et elle signe « encore » en langue des signes. Fabienne se tourne vers moi et me demande ce que cela signifie, je lui explique, elle trouve ça génial. J’entends Mamie Odette, qui ne s’est toujours pas étouffée avec un croûton, dire à ma belle-mère « cette enfant ne parlera donc JAMAIS ! ». Résumons, ma fille, cette demeurée de 8 mois, toujours allaitée, qui ne dormira jamais seule, sans être portée, ne parlera également jamais ! Quels mauvais parents nous sommes de lui infliger ça !

Soit je lui explique que pratiquer la langue des signes avec les enfants, et ce, dès leur plus jeune âge, est un outil extraordinaire de communication pour eux comme pour nous, qu’au contraire, cela permet aux enfants d’acquérir plus rapidement l’usage de la parole et que cela réduit grandement sa frustration et stimule son développement intellectuel  et émotionnel.

Soit je lui enfonce de force un croûton dans la bouche en priant pour que celui-ci soit le bon.

Et pour finir ces 48h de retrouvailles familiales empreintes de magie et d’amour, il est l’heure de mettre les plus petits à la sieste. Je monte endormir la petite au sein. Soline monte en même temps coucher la sienne dans la pièce d’à côté. Elle la couche, lui dis qu’elle ne veut plus l’entendre, lui fait un bisou et ferme la porte. La mienne s’endort en quelques minutes au sein, ces 48h l’ont mise K.O.. Nous descendons chacune son babyphone à la main. Dans le sien on entent la petite pleurer, elle appelle sa mère et au bout de 20 minutes finit par s’endormir…

Je pourrais lui demander pourquoi elle la laisse pleurer pour s’endormir et lui expliquer que c’est très violent pour l’enfant. Comme je pourrais demander à Sarah pourquoi elle n’allaite pas et tenter de lui expliquer à quel point l’allaitement est important pour nos enfants. Comme je pourrais demander à Marie-Sophie pourquoi elle ne porte pas ses enfants ou demander à Soline pourquoi elle crie sur ses enfants au lieu de communiquer avec eux.

Mais je ne le fais pas. Je ne le fais pas, parce que je n’oublie pas que dans notre société, c’est moi l’ovni, l’extraterrestre qui doit rendre des comptes et répondre aux interrogatoires.

Alors, un seul conseil, préparez-vous et armez-vous de votre plus beau sourire 🙂

 

 

 

10 commentaires

  1. J’ai bien ri ! Je n’ai pas d’enfants alors j’échappe à ça (et il faut mieux pour moi parce que je dois déjà répondre en souriant aux blagues-pas-blagues sur le véganisme… Parfois faire « mmmm » avec un grand sourire est une bonne piste aussi ^^)

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  2. Merci j’ai bien rigolé ce matin…
    Bon ça va je devrais pas trop mal m’en sortir cette année peut être une ou 2 réflexions sur le sommeil mais pour le reste ma famille est en « extase » devant ma fille qui mange toute seule à 9 mois, qui rigole tout le temps, qui tète quand bon lui semble…

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  3. Je choisis toujours l option pédagogique, même si j ai l impression de me heurter à des murs. Et la plupart du temps parmi les gens qui sont là tu en as un ou deux qui comprennent. C’est toujours ça de gagne. Je rajoute que même si nous n’etions pas en minorité on ne se permettrait pas de demander des comptes aux autres ( pourquoi tu ne l allaites pas? ) parce que la base de tout ça c’est la bienveillance et la tolérance

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  4. Génial! Un grand merci pour ce beau texte qui m’a beaucoup fait sourire ^^ et que j’ai relu à mon homme. Je crois que j’y retrouve quasiment toutes les situations dans lesquelles nous nous sommes retrouvées (mon mari, moi et mon bout d’chou de 3 ans maintenant, allaité jusqu’à ses 2 ans 1/2 yeah ^^). On pourrait ajouter, dans notre cas, des remarques bien sexistes aussi concernant mon mari qui s’occupe BEAUCOUP (jugement des autres…) de notre enfant… « Ben c’est normal non? c’est mon enfant aussi. » Plusieurs manières de répondre, effectivement, ou pas, lors des réunions de famille. « Oui, oui » (et mes parents ont bien compris que je n’en avais rien à faire de leur avis). L’explication, mais non, ça ne prend jamais –‘… Ou oui, le clash, parfois, en nous disant que de toute manière, nous sommes déjà considéré comme les ovni, donc que ça ne pourra pas empirer la situation ^^. Essayer de n’en avoir rien à faire de l’avis des autres, on finit par y arriver… Mais c’est usant parfois…

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  5. Merci pour ce bel article ! J’hésite entre rire ou pleurer… c’est tellement ça et c’est tellement dommage!
    Cette année j’ai la chance que ma belle-soeur ait accouché de son premier bébé, « encore » allaitée à 4 mois, en presque cododo, etc… mais je dois gérer avec une famille et belle-famille très dubitatives sur l’intérêt que j’ai d’allaiter encore ma Cocotte de presque 17 mois, qui ne mange presque rien à côté, qui finit toutes ses nuits avec moi (contre l’avis du papa qui fait les siennes dans le canapé !), que je ne laisse pas pleurer… d’autant qu’avec mes aînées j’ai été un chouïa moins patiente et moins orientée maternage proximal!

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  6. Merveilleux, merci de tant de vérité cachée dans tant d’humour.
    Rajoutons à cela la conversation autour des enfants non scolarisés ou scolarisés dans des écoles différentes (le notre dans une ecole démocratique sans classe, sans programme et multi-âge) et là c’est une pilule de zen qu’il nous est importante de déguster à l’apéro!

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  7. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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