La diversification mixte (purées/DME)

Pour être tout à fait transparente et honnête avec vous, c’est un sujet qui ne m’a pas beaucoup questionnée lorsque la question de l’introduction des solides s’est posée avec Alex. Pourquoi ?

Parce que je n’avais tout bonnement connaissance d’aucune alternative à la diversification dite « classique ». A cette époque mon point de repère était ma sacro-sainte pédiatre et elle était formelle : on commence à partir de ses 4 mois selon l’ordre plutôt flou qu’elle notait dans son carnet de santé. Sans prise en compte du fait qu’elle était exclusivement allaitée.

Alors ma petite, ma toute-petite chouquette a pris ses premières purées lorsqu’elle a eu 4,5 mois. Elle ne tenait pas assise évidemment, ne portait encore pas réellement à la bouche seule, et avec du recul, je ne suis même pas sure qu’elle manifestait spécialement d’intérêt pour la nourriture non plus d’ailleurs.

Mais au fil de sa diversification, l’envie de m’informer a pris le dessus face à la nonchalance de ma pédiatre et je découvrais doucement la diversification « menée par l’enfant » (dite DME). Mais impossible pour nous de nous lancer : allaitement compliqué, démarrage de garde à 5 mois pile et une nounou qui ne « se sent pas », moi qui n’ai de toute façon pas suffisamment confiance eu égard à la peur de l’étouffement de la laisser faire ça avec un tiers. C’était vite vu, la diversification classique nous continuerons.

Mais cette question de la DME continuait à me titiller et je trouvais les weekends propices à l’essai des solides. Nous étions là, j’avais pleinement confiance en nous et surtout en notre fille qui, à 6 mois, tenait parfaitement assise seule. Elle tétait à la demande et n’avait donc selon moi pas spécialement besoin de « rations » de purées mais souhaitait quand même découvrir nos assiettes ! Ça semblait vraiment être l’outil parfait !

Mais les lectures sur la DME et les puristes en la matière étaient formels : soit on fait de la DME, soit on n’en fait pas ! On ne mélange surtout pas purées et morceaux ! Sous peine de mener son enfant à l’étouffement…

Heureusement que je suis butée. Je trouve un article de blog qui me conforte dans ce que je souhaite mettre en place. Une maman qui partage simplement son expérience du mixte et je me dis, je vais me faire ma propre expérience également, c’était parti ! Alex a donc eu une diversification « mixte », purées pendant ses périodes de garde et morceaux avec nous (weekends puis soirs lorsqu’elle a commencé à dîner).

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Aujourd’hui, je vous propose un article avec la participation d’une ergothérapeute, Marie RUFFIER BOURDET, @ergomums, afin de trier le vrai du faux et d’arrêter de véhiculer des mythes sur la diversification, le développement moteur de l’enfant ainsi que ses habiletés et capacités en fonction de son âge !

Commençons par une petite présentation de Marie !

Marie : Je suis Marie, maman de 3 enfants et ergothérapeute depuis 2005. Un ergothérapeute est un professionnel de santé avec un diplôme d’état. L’ergothérapie est un métier très connu et reconnu dans les pays anglo-saxon (sous le nom Occupational therapist). Malheureusement, trop peu connu en France, malgré les preuves scientifiques de son efficacité au travers le monde. L’ergothérapeute s’occupe de l’occupation des personnes. Pour les enfants, cela regroupent toutes les activités de la vie quotidienne (alimentation, déplacements, mobilité, jeu, interactions sensorielles et sociales, habillage, scolarité…). Après une évaluation de l’enfant et de son environnement, nous allons aider l’enfant et sa famille, à retrouver des activités sereines et performantes dans le quotidien. Pour mon expérience, je me suis très vite plongée dans l’univers de la pédiatrie et l’accompagnement de l’alimentation chez le bébé et l’enfant. J’ai commencé à travailler à l’hôpital Robert Debré à Paris pour animer des consultations chez les enfants qui avait des difficultés à manger. J’ai continué à me former encore et encore pour développer mes connaissances et ma pratique dans l’alimentation du tout petit. J’ai actuellement un cabinet pour recevoir en consultation les bébés et enfants. J’ai également un site internet (www.ergomums.com) sur lequel j’ai développé des outils ((livret sur alimentation du bébé, pour guider dans le passage aux morceaux, des accompagnements personnalisés et des groupes sur alimentation, des webminaires pour former et sensibiliser les professionnels) et des articles, pour répondre précocement aux questions des parents par rapport à l’alimentation de leurs enfants. Afin de développer, la prise en soin en France et en Europe, je suis formatrice auprès des ergothérapeutes, pour améliorer l’accompagnement des enfants et de leur famille.

Peux-tu nous parler de la diversification en quelques mots ? 

Marie : La diversification alimentaire du bébé est le fait de passer d’une alimentation liquide, le lait, à une alimentation solide (purée ou morceaux).

  • Pour débuter les purées, on recommande que bébé ait 4 mois révolus, c’est-à-dire qu’on va lui proposer, au plus tôt, quand il rentre dans son 5ème mois.
  • Pour les morceaux, on ne va pas parler en âge mais en compétence. Que ce soit en DME ou en chemin mixte, on attend que bébé ait la tenue assis avec un bon tonus moteur pour bien tenir son dos droit.

Dans tous les cas, on rappelle que pour les bébés allaités, l’OMS recommande un allaitement exclusif pendant 6 mois.

Il s’agit bien d’une recommandation et elle est bien sûr adaptée et adaptable au plus grand nombre. En revanche, elle souffre nécessairement d’exceptions et il est important d’être à l’écoute de son bébé et de ses particularités (par ex bébé RGO).

On parle beaucoup de méthode dite « classique ». Mais il existe d’autres chemins comme, la diversification mixte ou la diversification menée par l’enfant ou DME (voir ci-dessous). On a tendance à vouloir scinder les différentes approchent, or il n’y a pas une méthode meilleure qu’une autre. Elles sont toutes intéressantes en fonction des capacités du bébé mais aussi de l’environnement de l’enfant (préférence des parents, bébé gardé, etc). Le fait d’allaiter ou de biberonner n’a pas d’impact dans le choix de la diversification. Petit points allergies : il est maintenant recommandé dans les études de proposer les 14 allergènes entre 4 et 6 mois. Le seul aliment interdit avant 12 mois, c’est le miel.

Qu’est ce que la DME ?

Marie : La DME est la « diversification menée par l’enfant ». C’est donc le fait de donner des aliments à l’enfant qu’il va explorer en toute autonomie. La DME ne veut pas dire forcément de ne donner que des morceaux. La DME a aussi pour but de faire découvrir à bébé tous les aliments mais aussi toutes les textures qu’il va avoir à rencontrer dans sa vie d’adulte. La DME c’est donc aussi donner de la purée, des smoothies, des glaces, des morceaux, des soupes…

Qu’est ce qui selon toi doit guider le choix des parents dans la façon de mener la diversification  ?

Marie : C’est l’observation de leur enfant. Il est très important que ce soit l’enfant lui-même qui guide les parents sur le chemin de la diversification. En effet, en fonction de son histoire alimentaire (prématurité, RGO, freins, sensoriel…), il n’est pas toujours possible de commencer par la DME. Mais il existe au moins trois chemins pour la diversification :

  • Le chemin progressif ou chemin classique : on propose à l’enfant des purées de plus en plus épaisses, puis granuleuses, puis grumeleuses (purée avec des morceaux fondants);
  • Le chemin mixte : on commence avec des purées et on passe directement aux morceaux;
  • La DME : on laisse bébé seul, explorer les morceaux.

Ce qu’il faut retenir c’est que tous les chemins se rejoignent et qu’on peut basculer de l’un à l’autre en fonction de ce que notre bébé nous montre. C’est lui qui va nous diriger dans la diversification.

Mon enfant peut-il vraiment s’étouffer si nous pratiquons la diversification classiques en même temps que la DME ? 

Marie : Il y a toujours un risque de s’étouffer, même nous en tant qu’adulte, on peut s’étouffer en mangeant. Après, nous avons des réflexes qui nous permettent de protéger nos voix aériennes. Il faut bien faire la différence entre un réflexe nauséeux, l’obstruction partielle et l’étouffement.

  • Le nauséeux, on va en parler plus bas, c’est un réflexe, pour faire ressortir un aliment qui n’est pas accepté sensoriellement ou qui n’est pas assez mastiqué.
  • L’obstruction partielle : un morceau va bloquer partiellement mais l’enfant respire toujours. L’enfant crie, pleure, parle mais il respire.
  • L’étouffement : bébé va changer de couleur, il ne pleure plus, ne parle plus, c’est une urgence vitale, il faut faire les gestes de premier secours.

Pour conclure, on peut dire que diversification ou pas, nous devrions tous être formés aux gestes de premier secours.

Qu’est ce que le gag réflexe ? 

Marie : il existe plusieurs réflexes nauséeux mais on en parle très peu en France. Et oui « GAG » est un mot anglais qui, en France, est traduit par « nauséeux ». On va s’intéresser surtout à deux « GAG », qui vont avoir une grande place dans la diversification :

  1. Le nauséeux sensitif : il est présent dès la naissance pour protéger bébé. Son but ne laisser passer que le lait. Il doit reculer pour permettre à bébé de pouvoir manger des morceaux. Bébé va le faire reculer grâce à des expériences orales (main bouche, petits hochets, brosse à dents) en fond de gorge. En aucun cas les purées, ne vont faire reculer le nauséeux sensitif. J’accompagne depuis 15 ans des enfants qui ont des troubles de l’alimentation et qui mangent encore des purées à 6 ans, et je peux assurer que le nauséeux est encore bien présent.
  2. Le nauséeux de timing : son rôle est de protéger nos voies aériennes quand le morceau n’est pas assez mastiqué et que l’enfant essaye de le déglutir. Il va donc faire ressortir le bolus alimentaire (non homogène). Ce nauséeux est assez impressionnant, je vous l’accorde, mais il n’a rien à voir avec un étouffement.

***

J’aurais bien aimé connaître l’existence des ergothérapeutes avant de me lancer dans la diversification, ça m’aurait grandement rassuré ! Faute de connaissances, on a avancé au feeling et, comme préconisé par Marie plus haut, en observant notre fille. Du coup, chez nous, tout s’est super bien déroulé avec la diversification mixte. Elle a commencé avec des morceaux de légumes cuits vapeur, très fondants. Sur le contenu de son plateau, évidemment la moitié finissait écrasée, sur son visage ou dans ses cheveux ou, le plus souvent, par terre. Mais c’est ça aussi la découverte ! Je ne me suis jamais stressée avec ça. En parallèle, tous les midis avec sa nounou, c’était purées, et ce, pendant très longtemps !

Sur le risque d’étouffement, nous n’avons, heureusement, jamais connu d’épisodes « crise cardiaque parentale », même si à plusieurs reprises, nous avons assisté, très impressionnés, à des scènes où elle recrachait des morceaux qui ne passaient pas. Et même si c’est impressionnant, je n’étais pas vraiment inquiète car, formée aux premiers secours, je connais les gestes et reconnaître un « vrai » étouffement. Par ailleurs, nous avions également qu’intervenir sans que l’enfant ne soit réellement en difficulté peut avoir l’effet inverse et le parent peut sans le vouloir enfoncer le morceau coincé. Je ne suis ainsi intervenue qu’une seule fois, à sa demande pour l’aider.

Je ne regrette donc pas du tout aujourd’hui de ne pas avoir fait de DME « en bonne et due forme » car les circonstances ne s’y prêtaient tout simplement pas et que ma fille a tout de même pu découvrir très tôt les aliments sous leur forme solide, et finalement les aliments sous toutes leurs formes et textures !

Aujourd’hui, elle prend autant de plaisir à manger une bonne purée (comme nous d’ailleurs), que les aliments en morceaux ! Ce que je retiens, c’est qu’encore une fois, l’extrémisme n’apporte rien d’autre que le doute, l’angoisse et la confusion.

Je remercie Marie de son concours sur cet article et je vous invite à visiter sa page (ici) et à ne pas hésiter à prendre rdv pour une consultation au moindre doute ou difficulté de bébé rencontrée avec la nourriture !

 

 

 

Un commentaire sur “La diversification mixte (purées/DME)

  1. Super article ! Ici aussi ça a été diversification mixte. On a commencer à 4 mois les purées mais comme elle en portait pas grand interer , on a arrêter et repris a 5 mois et demi quand on a vu qu’elle tenait assise. Au début ça été puree stricte, et pis fin de petits bout de nourriture qu’on prenaitnde nos assiettes. La nounou faisait pareil (elle avait fait la même chose avec son petit dernier donc était bien informé)
    Et vla qu’elle refuse les purées à 8 mois et demi et veut que du solide. Du coup, maintenant a 1 an elle mange comme nous 🙂
    PS : bebe allaité jusqu’à 5 mois 😉
    En tout cas je suis bien contente de lire des article comme ça, pas pro dme ! Parce que parfois je me sentais nulle de pas pouvoir le faire. Alors le recul je suis assez contente de comment la diversification c’est passé
    Et pour le prochain bébé j’attendrais bien que lui soit décidé à manger et pas attendre les 4 mois révolus.
    Plein de Bisous
    Laura

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