allaitement, La Tribu des Mamans

Résumé de lecture : L’Allaitement long expliqué à mon psy, d’Agnès Vigouroux

Le résumé de lecture du jour porte sur l’ouvrage L’allaitement long expliqué à mon psy, mon généraliste, mon pédiatre, ma voisine… d’Agnès Vigouroux.

Agnès Vigouroux, psychologue, nous offre ici une véritable pépite sur l’allaitement de façon générale, l’allaitement dit long en particulier, le tout à la lumière des courants de pensées psychanalytiques qui ont bercés les dernières décennies. Elle dresse un triste portrait du rapport de notre société à l’allaitement et au maternage plus largement et met en avant la sexualisation de cet acte pourtant si naturel.

Résumé :

« Vous l’allaitez encore ?! » s’exclament face au bambin allaité le médecin qui prescrit le sevrage au lieu d’aider la mère à mener au mieux l’allaitement, le psychologue qui croit qu’un enfant allaité l’est au même rythme qu’un nouveau-né et en tire des conclusions catastrophiques, la voisine et la belle-mère, etc. L’allaitement, norme biologique de notre espèce, n’implique aucune restriction de durée. Parler d’un allaitement comme « long » est une élaboration culturelle. Le fait que notre société définisse une norme au-delà de laquelle l’allaitement surprend ou choque nous en apprend beaucoup sur elle-même, son rapport à l’enfance, ses représentations du corps et sur la place de la femme.

En effet dans un monde où l’image sexualisée de la femme est omniprésente, pourquoi voir un enfant téter dérange-t-il ? Pudeur sélective, clichés psychologiques ?

La puériculture est devenue un domaine où les accessoires sont rois. Notre culture prône la séparation, l’autonomisation, la socialisation. Mais peut-être faudrait-il commencer par favoriser les processus d’attachement. Il est urgent, selon l’auteur, que les professionnels de l’enfance et de la santé découvrent la réalité de l’allaitement afin de pouvoir soutenir au mieux les personnes qui les sollicitent.

Ce qu’il faut en retenir :

L’allaitement dit long, est un concept culturel, alors que l’allaitement, sans aucune définition de durée ni sevrage précoce est une réalité naturelle.

L’auteur démarre son ouvrage par un constat tristement réel : l’allaitement long est un vaste ensemble de malentendus, de représentations erronées, de croyances et fait l’objet de la méconnaissance la plus complète dans notre société.

Partant de là, l’allaitement dit long est vu par la majorité comme entravant le processus de développement de l’enfant, en le maintenant à son stade de bébé et en lui imputant tous les maux que pourrait connaître un enfant à partir d’un certain âge (qui dépend d’ailleurs de la tolérance personnelle de l’interlocuteur).

Pire, il est fréquent que l’on remette en cause le bénéfice nutritif de l’allaitement au-delà d’un certain âge (là encore, en fonction du seuil de tolérance de l’interlocuteur concerné). Ce qui est complètement faux, l’allaitement n’est jamais superflu, même en complément d’une alimentation diversifiée.

Et à cela l’auteur ajoute un commentaire que je trouve troublant de réalisme :

Et quand bien même allaiter un bambin ne serait pas indispensable sur le plan calorique, en quoi cela constituerait-il un problème ?

Pourtant, l’allaitement ce n’est pas simplement alimentaire, même pour un nourrisson. Allaiter, c’est toute une relation. Alors bien sûr, c’est tout d’abord une relation nourricière mais cette relation évolue et se construit au fil de la croissance de l’enfant.

Allaiter, c’est donner une nourriture liquide, psychique et affective.

Puis l’auteur s’offusque du comportement de l’entourage des mères qui, dès que celle-ci n’arrête pas d’allaiter rapidement, perçoit en elle une mère engagée dans un combat militant ou une femme submergée par son obsession maternante et le bambin, comme un être manipulateur abusant de sa mère.

Pourtant, l’allaitement est la norme biologique. Et à ce titre, l’auteur cite le Dr Newman.

Il n’existe aucun bénéfice de l’allaitement. L’allaitement, c’est la manière naturelle, physiologique, d’alimenter les nourrissons et les jeunes enfants et le lait maternel est le lait conçu spécifiquement pour les nourrissons humains. Jack Newman

Elle rappelle à ce titre que nous sommes la seule espèce qui décide d’abreuver ses petits avec le lait d’une autre espèce et, qui plus est, d’un gabarit franchement différent (article du blog sur le sujet ici).

La première partie de l’ouvrage est consacrée à un rappel des théories psychologiques fondamentales dans l’étude du développement psychique de l’enfant car celles-ci sont encore enseignées aux étudiants en psychologie et trop souvent imposées aux familles. L’auteur confrontera ensuite ces théories à la réalité des enfants allaités pour conclure tant sur l’absurdité de certains principes que sur l’ignorance qui entoure l’art d’allaiter.

Tout le problème aujourd’hui vient du fait que nombre de professionnels de santé se placent en position de détenteurs uniques d’un savoir et la mère, fragile suite à la naissance de son nourrisson, se retrouve dépourvue de toute confiance, sapée dans sa capacité naturelle à nourrir son bébé. Ils en oublient ainsi leur rôle d’accompagnateur.

Et cet accompagnement commence, selon l’auteur, avec la reconnaissance du corps de l’enfant. Or, les adultes s’attribuent sans même s’en rendre compte un pouvoir sur le corps des enfants. Alors que, l’expérience que l’enfant a de son corps durant ses premières années définira sans aucun doute sa personne future.

Les premières expériences du bébé sont corporelles. L’auteur se penche ici sur les théories de la psychanalyste Mélanie Klein qui développe sur les premiers rapports du nourrisson au monde et la mise en place de mécanismes de défense aux angoisses, agressions et stress. Selon elle c’est l’allaitement qui permet d’instaurer ce rapport au monde. Elle développe également le concept de dévoration, qui persiste dans de nombreux discours psychologiques. Malheureusement, cette image est aujourd’hui déformée et objet de toutes les interprétations.

L’auteur tempère ce discours en expliquant que dans de nombreuses positions encore actuelle il est interprété avec pour conclusion que bébé doit s’habituer à être seul pour gérer ses angoisses.

Or, c’est faux et de nombreuses études scientifiques le prouvent aujourd’hui.

Ces courants placent le bébé en tyran potentiel. L’auteur cite à ce titre Jean Liedloff :

Le bébé est devenu une sorte d’ennemi que la mère doit vaincre. Il faut ignorer ses pleurs pour lui montrer qui est le maître.

L’auteur rappelle que prendre en compte les pleurs des enfants et y répondre à chaque instant contribue à fournir aux enfants une sécurité affective et psychique de base. Elle rappelle également qu’un bébé dont les besoins fondamentaux sont comblés se détachera de l’adulte uniquement parce qu’il a pu s’attacher à lui, de façon juste et adaptée.

Agnès Vigouroux développe ensuite les théories de Donald Woods Winnicott, pédopsychiatre et psychanalyste, qui concluait que ce sont les soins apportés par la mère et son empathie constante vis-à-vis de son bébé qui vont permettre à celui-ci, une fois qu’il aura intégré assez d’expériences sécurisantes, de continuer à les intégrer et développer ce vécu sans se sentir débordé. Ce processus d’intégration précède et permet la constitution de la personnalité de l’enfant.

C’est ainsi que par l’expérience de la tétée, la mère et le bébé s’adaptent l’un à l’autre et le bébé vit ses premières relations à autrui et à l’environnement afin de lui permettre ensuite de penser le monde.

L’auteur insiste ensuite sur l’importance du portage dans le développement de l’enfant car il constitue une des réponses aux besoins de proximité, de sécurité, de contact physique et psychique du bébé.

Elle fait ici un focus sur l’over-stimulation que la société actuelle impose aux enfants et rappelle à ce titre que le portage permet à l’enfant de découvrir l’existence, de prendre sa place à son rythme, sans être au centre de tout, tout le temps (ou quand les parents le décident). Il participe à la vie quotidienne de la famille en étant lové contre l’une de ses figures d’attachement.

Porter un enfant, porter son enfant, c’est médiatiser l’ouverture à l’environnement, la rencontre et l’intégration de tous les éléments du monde que découvre le tout-petit. Porter les enfants, ce n’est donc pas une mode, mais bien une réponse à leurs besoins d’être en contact étroit, physiquement et psychiquement, avec leurs parents.

L’auteur se penche alors sur la théorie d’Alexander Lowen, psychothérapeute, qui considère que le bébé a un besoin vital de contact et de proximité physique. Il décrit le contact corporel de la mère avec l’enfant comme l’origine même du développement du corps de l’enfant.

La mère est la première terre du nourrisson […] c’est à travers le corps de sa mère que s’enracine le corps de l’enfant.

Ainsi, le bébé, dès sa naissance et ses premiers contacts avec ses parents, construit son propre rapport à son corps.

Après avoir développé plusieurs de ces courants psychanalytiques, l’ouvrage propose de les confronter à la réalité de l’allaitement.

Il est question ici de comprendre comment l’allaitement accompagne l’enfant dans le développement d’une sécurité corporelle.

L’auteur explique que l’allaitement créé une bulle sensorielle entre la mère et le bébé par le contact physique qu’il implique. Elle oppose, à ce titre, l’allaitement au biberon en expliquant que la médiation d’un objet fait irruption dans cette bulle sensorielle et que bien souvent, la mère tendra le biberon à un tiers, pire il boira seul calé avec des langes…. Dans ces cas, les besoins du bébé sont alors complètement niés.

L’allaitement est un phénomène actif et l’enfant est donc initié dès le début à une certaine responsabilité de sa personne tout en étant rassuré et nourri à la demande.

Aux côtés de cette vision contenante, il y a l’enveloppe tactile et thermique. Les sensations thermiques font ressentir son corps à l’enfant qui tète. Didier Anzieu a théorisé l’importance de la peau comme fondation de la personnalité et comme média de la relation à autrui. Le corps apparait comme une médiation entre soi et les autres. Afin de comprendre l’importance du toucher, l’auteur développe la thoérie de René Spitz sur les effets ravageurs pour le psychisme des bébés du manque de soins, de toucher et de parole dans certains orphelinats. Lorsque les réponses à ces besoins font défaut, l’enfant se construit un système d’autostimulation tactile et sensorielle qui amène à certains traits autistiques.

Après avoir développé succinctement les théories psychologiques fondamentales dans l’étude du développement psychique de l’enfant, la seconde partie de l’ouvrage développe les théories appliquées directement à l’allaitement et la réalité de celui-ci.

L’auteur commence par rappeler que la société actuelle est baignée dans le concept d’autonomisation des enfants.

Nous vivons dans un monde qui veut séparer les bébés de leurs parents, dès la naissance, pour inculquer aux tout-petits un mode de vie calqué sur celui des adultes.

Et quoi de plus parlant pour comprendre la vision de l’allaitement non écourté dans notre société que de se pencher sur les théories freudiennes !

L’auteur explique que l’une des principales sources d’incompréhension face à l’allaitement dit long se situe dans certaines interprétations couramment faites de la théorie psychanalytique et la théorie freudienne concernant les stades de mise en place de la sexualité de l’enfant en première ligne !

En résumé, Freud distingue plusieurs stades de développement qui correspondent à une zone corporelle particulière et si un enfant se fixe à un stade, cela entrave son développement et peut l’amener à développer une pathologie. La première année de l’enfant correspond au stade oral (zone bucco-aérodigestive) : bébé découvre qu’il peut incorporer l’objet ou l’excorporer. Il se nourrit, il tète, il vit dans le principe de plaisir, ses besoins immédiatement satisfaits. A la fin de la première année, arrive le stade anal (zone intestinale et ano-rectale), souvent réduit à la phase de « propreté ». Pendant cette phase, l’enfant va commencer à s’intéresser à ce qui entre en lui et ressort. Beaucoup de magazines de vulgarisation appellent également cette période le « terrible two » car phase d’affirmation, d’opposition, d’expérimentation de la capacité à exercer une forme d’autorité sur le monde. Vers 3 ou 4 ans, le stade phallique, l’enfant se questionne sur son sexe, son identité sexuelle, celle des autres. Cette phase intégrerait également l’angoisse de castration. Et enfin, le stade œdipien. Dans la théorie freudienne, l’enfant serait incapable de spontanément abandonner un stade pour en découvrir un nouveau. Ce serait donc à l’adulte de le guider ou de lui imposer ce renoncement. Et on comprend ainsi d’où vient l’importance du sevrage et de la castration symbolique qu’il implique dans la théorie psychanalytique, comme le rappelle l’auteur, largement reprise et appropriée par nombre de professionnels de la petite enfance.

Ainsi, explique l’auteur, l’enfant toujours allaité après 2 ans, serait maintenu par sa mère au stade oral !

On comprend ainsi mieux pourquoi les allaitements longs sont décriés comme entravant le développement de l’enfant si l’on en suit cette théorie.

L’auteur s’interroge ensuite sur un point qui me semble essentiel : que font les théoriciens de la réalité du vécu des enfants allaités ?

Comment expliquer qu’un bambin allaité à trois ans se plonge avec délice dans les apprentissages, sache dénombrer, se montre curieux de son environnement, capable de créer des liens avec les autres… et se séparer de sa mère pour aller chez sa nourrice, grand-mère, à la crèche, à un cours de gym ? Comment expliquer cette réalité, pourquoi la nier ?

Elle en conclut que la plupart des gens, psychanalystes y compris, n’ont jamais vu de grands enfants téter, et ce, pour la simple raison que passé un certain âge les enfants sont capables de différer la satisfaction de leurs besoin selon la disponibilité maternelle.

L’auteur continue en énonçant la certitude que de nombreux enfants tètent encore autour de nous mais que nous ne le savons simplement pas car ils ne se font pas remarquer. Et de poursuivre, en s’interrogeant sur le nombre de grands enfants que l’on voit cramponnés à leur doudou ou tétine sans que personne ne s’en offusque !

A ce titre, l’auteur rappelle que les tétines ne sont que la parfaite illustration du fort besoin de succion de l’enfant auquel on répond par une proposition d’ersatz, et tout le monde trouve cela normal.

Après cette parenthèse, l’auteur rappelle ce que dit l’ami Freud sur l’allaitement en tant que tel car il semblerait qu’on lui ait tout fait dire à ce pauvre Freud. Elle s’attarde notamment sur le terme « sexualité » employé par Freud et explique que celui-ci a été interprété et réinterprété sans en saisir le réel sens : la sexualité de l’enfant chez Freud doit être comprise comme les premiers modes de relation du bébé avec sa mère puis avec lui-même. La tétée est donc sexuelle en ce qu’elle est le premier mode de relation avec autrui, source de satisfaction, d’une décharge des tensions, d’un plaisir.

On comprend donc bien à quel point ce terme a été interprété, vulgarisé et fait l’objet de clichés bien réducteurs !

Finalement, l’auteur nous apprend que Freud pense l’allaitement comme la première activité vitale et essentielle du bébé et chronologiquement, le développement de l’enfant démarre selon lui par l’allaitement puis le suçotement autoérotique (succion des doigts, etc provoquant l’endormissement) et enfin la période de latence (de 5/7 ans à la puberté) puis la sexualité dirigée vers un objet externe (un partenaire). L’auteur constate que l’âge de l’entrée dans la période de latence correspond bien avec l’âge du sevrage naturel et conclue qu’il ne semble donc pas que l’ami Freud émette une quelconque restriction quant à la durée de l’allaitement.

Ceci étant dit, l’auteur poursuit avec un focus sur les enjeux économiques du non-allaitement. Elle explique ici le poids et les enjeux financiers de l’industrie laitière et agroalimentaire en France et les conséquences sur le taux d’allaitement en France. Cette partie est intéressante pour bien comprendre les relations qui existent entre certains membres des organismes gouvernementaux chargés de formuler des recommandations nutritionnelles et les industriels.

La conclusion de cette partie est claire :

Il ne faut vexer personne, mais aussi satisfaire certains intérêts.

L’auteur rappelle également que les médias ne parlent d’allaitement long que pour les pays en voie de développement. Comme si les laits des mères étaient différents et de différente importance selon leur pays de résidence.

Dans notre société, l’allaitement ne serait pas « nécessaire ». Elle rappelle toutes les âneries que l’on peut lire sur les sites de vulgarisation. Et en raison de la méconnaissance qui entoure l’allaitement, l’allaitement serait la raison de tous les maux.

L’auteur s’interroge :

Comment peut-on aider une femme, la soutenir dans son rôle de mère tout en niant l’allaitement ?

L’ouvrage se poursuit avec un émouvant témoignage d’une relactation mise à mal par des conseils mal avisés.

Dans la seconde partie de ce chapitre, l’auteur aborde le sujet tabou : la sexualisation de l’allaitement long.

Qui n’a pas déjà entendu ces paroles ou lu des témoignages similaires : l’allaitement qui se poursuit serait teinté d’inceste…

L’auteur cite alors Hélène Parat qui considère que l’allaitement réactiverait chez la mère les stades de sa vie pulsionnelle, le sein serait alors vécu comme oral, phallique, anal, en étant le support de nombreux fantasmes féminins et maternels. Le psychanalyste Auguste Starcke décrit, quant à lui, l’allaitement comme « le socle réaliste du fantasme de mère au pénis pour le petit garçon ainsi que le roc de son angoisse de castration, le sein qui lui était enlevé lors du sevrage étant le premier morceau perdu de son corps propre, qu’il déplaçait ensuite sur son pénis… »

Il est normal que vous soyez choqués à la lecture de ces lignes, cela signifie que votre état mental est du bon côté de la barrière des maboules. J’en profite pour rappeler qu’Hélène Parat est psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Paris, docteur en psychologie clinique et Professeure en psychopathologie à l’Université de Paris X-Nanterre et toujours en vie…

L’auteur conclue à ces théories qu’il s’agit d’une terrible réduction de la femme à deux possibilités existentielles, qu’elles seraient obligées de choisir sans parvenir à concilier les deux : être maternelle ou érotique. Pourtant nombreux sont les thérapeutes qui considèrent les femmes qui ne sèvrent pas leurs enfants comme des hystériques avérées ou en puissance.

D’autres, comme la psychanalyste Claude Halmos (digne descendante de F. Dolto), reprochent à l’allaitement le plaisir qui dépasse la simple satisfaction du besoin alimentaire. L’enfant devrait arrêter de téter car cela lui procure du plaisir.

Outre le fait de complètement nier tous les aspects affectifs du rapport d’allaitement, ces conclusions nient également la valeur nutritionnelle incontestable du lait maternel. Comme le rappelle l’auteur, si on transpose ce discours dans la vie réelle, il faudrait sevrer un bébé et remplacer le lait maternel par du lait en poudre. C’est absurde.

Mais plus encore, ces auteurs reconnaissent donc le plaisir et le bien être que l’enfant tire de l’allaitement. Et l’auteur s’interroge justement sur ce point :

Quel est donc l’intérêt de sevrer un bébé lorsqu’on connaît le déchirement et la douleur que cela peut provoquer chez lui ? Pourquoi lui infliger ce vécu puisque l’on en identifie les enjeux ?

Elle rappelle que le danger à continuer d’allaiter un enfant est inexistant !

L’auteur poursuit en rappelant que ces points de vue (Haloms, notamment), sont emblématiques de la conception d’éducation qui prédomine aujourd’hui dans notre société : il faut priver les enfants de choses qui leurs sont bénéfiques pour éviter qu’ils ne s’y habituent. Ainsi, on nie complètement la capacité d’adaptation de nos enfants.

Agnès Vigouroux revient ensuite sur le caractère sexuel qui est assigné à l’allaitement. Il découle, en premier lieu, selon elle, d’une méconnaissance totale du fonctionnement de l’allaitement d’un bambin qui est très différent de celui d’un bébé. La mère de l’enfant lui présenterait une partie érogène de son corps. Selon l’auteur cela revient à bien mal connaître les femmes et à nier leur capacité de vivre leur corps dans toute la richesse de ce qu’il propose.

Serions-nous donc incapables de penser notre corps sans y projeter des intentions sexuelles ?

Elle insiste sur le fait que le bambin exprime ses besoins. Dès lors, on ne peut forcer un bambin à téter ! Ceci est une première réalité trop souvent oubliée. Deuxièmement, elle rappelle qu’un enfant de 2 ans a encore un intense besoin de succion, de lait maternel et de proximité physique.

Enfin, le chapitre se termine sur le sujet phare du mode d’éducation actuel de notre société : l’autonomisation de l’enfant.

L’auteur rappelle ici, que l’allaitement non écourté est bénéfique pour aider l’enfant à construire sa capacité d’être seul et constituer son propre espace physique.

Et ici, paragraphe très intéressant où l’auteur explique que contrairement aux conseils prodigués à tous va, selon lesquels l’enfant doit apprendre à être seul et vite, l’auteur explique que pour pouvoir être seul il faut déjà pouvoir penser l’absence. Et penser l’absence n’est possible que si la mère a offert au nourrisson des « possibilités suffisantes d’illusion » (selon Winnicott) qui permettent à celui-ci de supporter le désinvestissement maternel progressif. Ce désinvestissement maternel progressif est caractérisé par cette phase de transition où l’enfant passe de l’état de fusion avec sa mère à un état où, en relation avec elle, il lui est extérieur et séparé.

Nul besoin de vous dire que tout ceci semble ridicule et aberrant appliqué à un nourrisson de quelques mois à peine, n’est-ce pas ?

L’auteur explique ensuite que cette phase va être caractérisée par un objet transitionnel.

Attention, l’objet transitionnel n’est pas forcément le doudou. En tous cas, pas le doudou choisi et imposé par les parents car la spécificité de l’objet transitionnel est d’avoir été créé par l’enfant.

L’auteur se focalise un instant sur cet objet transitionnel et le tant convoité doudou et explique que le doudou, étant un substitut au sein, incarnerait le manque de proximité mère-enfant. Cet objet transitionnel serait donc le substitut d’une présence rassurante et sécurisante dont notre société prive de plus en plus tôt l’enfant dans le but d’en faire un être autonome et indépendant, au risque de ne pas lui laisser le temps de s’attacher correctement à ses figures d’attachement. Certains psychanalystes (G. et M. Haag) considèrent que l’allaitement prolongé et le maternage proximal permettrait à l’enfant de passer la phase intermédiaire sans mettre en place l’objet transitionnel.

Si je m’en tiens à ces théories, et sans tirer de conclusions qui seraient hors de mes compétences, il est vrai que je constate qu’Alexia n’a jamais affectionné un objet particulier pour le moment, l’accès au sein à la demande et le maternage proximal pratiqué par toute la famille (sa nounou y compris) semblant suffisant à lui procurer un cadre affectif sécurisant.

L’auteur poursuit sur les pères d’enfants allaités et recense une série de témoignages qui confortent ce que n’importe quel père allaitant que je connais autour de moi pense de l’allaitement : un acte naturel, dont il ne se sent pas exclu et qu’il considère avec affection et tendresse.

L’un des témoignages m’a particulièrement marquée. Le père y écrit que dire que le père est exclu de l’allaitement, c’est vrai. Mais tout comme le père est exclu de la grossesse ! Pourtant cela ne les empêche pas de faire des enfants ! Il continue en énonçant que les deux parents ont des rôles différents et un papa investi dans son rôle n’est pas forcément et loin de là, un papa qui nourrit son enfant, cela serait tellement réducteur.

L’ouvrage se termine sur le thème du sevrage. L’auteur y explique, pour commencer, que finalement la plupart des parents qui sèvrent naturellement leurs enfants, n’avaient pas du tout le sevrage naturel en ligne de mire au moment de la mise en place de l’allaitement. Elle explique que passés les premiers mois, les parents ne voient tout simplement pas pourquoi cesser un allaitement qui réussit à toute la famille. Ne recommande-t-on pas du lait de croissance jusqu’aux 3 ans des enfants ? Pourquoi dès lors sevrer un bébé pour lui donner du lait en poudre ?

Elle revient sur le mythe qui entoure l’apparition des dents chez l’enfant et l’allaitement. Ces morsures, rares et le plus souvent, accidentelles.

L’auteur développe ensuite ce courant de pensée qui énonce que le sevrage serait une étape nécessaire dans l’apprentissage de la frustration par l’enfant. Elle réfute cette position en énonçant que nul besoin de sevrage pour rencontre la frustration. L’enfant rencontrera naturellement une succession d’impossibilités qui entraîneront naturellement l’apprentissage de la frustration. Alors que continuer l’allaitement lui permet de digérer toutes ces nouveautés tout en se sentant reconnu, contenu, enveloppé. Au contraire, les enfants submergés par leurs émotions et leur impossibilité à vivre la moindre frustration sont souvent des enfants en carence de maternage, dont les réels besoins ne sont pas entendus, ni écoutés.

L’allaitement serait donc une pratique qu’il conviendrait d’arrêter, contre la volonté du bébé et de sa mère ? Mais comment alors l’humanité aurait-elle traversé les siècles ? Comment un élément nécessaire à la survie des enfants pourrait-il être sérieusement qualifié de phénomène à faire cesser au plus vite ?

Finalement, l’auteur conclut que lorsqu’il est prêt, l’enfant se sèvre de lui-même : n’est-ce pas le meilleur apprentissage de l’autonomisation ?

Conclusion :

J’ai tout simplement adoré lire ce livre. Notre famille est largement passée dans la catégorie des allaitements non écourté en France, et pourtant lorsque j’écris ces lignes nous n’en sommes qu’à 20 mois d’allaitement. Je dis bien que 20 mois car 20 mois ce n’est rien si l’on compare aux 7 années qui peuvent être atteintes par certains enfants dans un processus de sevrage naturel.

Que vous envisagiez ou non un allaitement long, je recommande la lecture de cet ouvrage afin de comprendre à quel point des années de psychanalyse biaisée (couplée évidemment aux actions intenses des lobbies industriels) ont déformé la vision de la société française sur le sujet de l’allaitement.

Ainsi, n’oublions pas la simplicité de cet acte naturel : les familles se dirigent vers l’allaitement avant tout parce que cela leur paraît la façon la plus évidente de nourrir leur bébé et de répondre à ses besoins, et ce tant que ces besoins perdurent et que tout le monde y trouve son compte….au sein de la famille ! Exit les pédiatres, les oncles, voisines et grand-parents intrusifs. La durée de votre allaitement ne concerne que vous !

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Prix : 22 euros

2 réflexions au sujet de “Résumé de lecture : L’Allaitement long expliqué à mon psy, d’Agnès Vigouroux”

  1. Merci pour ce résumé. J’avais envie de lire ce livre. Ici, nous commençons le 14e mois d’allaitement. Si, au début, je pensais arrêter à la reprise du travail, aujourd’hui, je suis incapable de dire quand cela se terminera. Ma fille décidera…

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