sommeil

Sommeil et cododo

Comme avec l’allaitement, là encore, en France, on a l’impression que le « cododo » ou sommeil partagé est une lubie soixante-huitarde en retour de mode. Or, dans la plupart des pays du globe, on ne pose pas la question de savoir où dort bébé et un peu partout dans le monde, les enfants dorment avec leur mère. Les parents pratiquent le sommeil partagé de façon naturelle et pour cause, l’homme a dormi accompagné depuis la nuit des temps.

Sans entrer dans le débat de l’intérêt du sommeil partagé sur le développement affectif de l’enfant, la pratique du cododo est un bon choix afin de favoriser l’évolution naturelle du sommeil. En effet, et contrairement à ce que d’aucun pourrait penser, le sommeil partagé aide bébé à organiser son sommeil.

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D’ailleurs, pour rappel, « cododo » ne signifie pas forcément que l’enfant dort dans votre lit, c’est pourquoi on lui préférera l’expression « sommeil partagé » qui couvre un panel plus large : le cododo mais aussi les cas où l’enfant dort dans la même chambre que vous, les cas où il vous rejoint en cours de nuit, etc. On parle de sommeil partagé lorsque la mère et l’enfant dorment dans une proximité suffisante pour permettre à chacun de percevoir les signaux et messages sensoriels de l’autre.

Je ne vais pas revenir sur les conditions de sécurité applicables au cododo et vous renvoie à ce sujet aux résumés de lecture du Dr Sears (ici) et Prof McKenna (ici).

Je ne vais pas non plus épiloguer sur le fait que le cododo réduit les risques de mort subite du nourrisson. Mais sachez que 36% des cas de mort subite du nourrisson pourraient être attribués au fait que bébé dormait dans une pièce séparée et 97% des décès ont lieu hors du lit familial. Alors, non, le sommeil partagé lorsqu’il est fait dans des conditions normales n’accroît pas le risque de mort subite, au contraire, à ce titre le Pr McKenna rappelle que les données de l’étude sur la mort inattendue de nourrissons, la plus vaste étude du genre, révèlent que chez les enfants qui partagent la chambre avec leurs parents, le risque de mort subite est approximativement la moitié de celui des bébés qui dorment seuls.

Énumérons les bienfaits du sommeil partagé sur le sommeil de tous les protagonistes de la maisonnée : 

Du côté de bébé
  • Le cododo permet de réguler la température corporelle de bébé : bébé naît sans savoir réguler sa température corporelle et dormir au contact de ses parents lui permet de maintenir une température stable (même intérêt pour le portage).
  • Le cododo permet de réduire les troubles du sommeil : le sommeil partagé calme l’anxiété des enfants. Or, l’anxiété est la cause majeure des troubles du sommeil chez l’enfant. Comme le souligne le Dr Sears, les enfants qui dorment seuls grandissent souvent avec l’idée que le sommeil est un moment épouvantable, une période de séparation. Dormir aux côtés des ses parents, permet à l’enfant de s’endormir de façon sereine et apaisée.
  • Le cododo permet un sommeil paisible : cela ne signifie pas que l’enfant s’éveillera moins. En revanche, il est connu que le contact maternel agit comme un somnifère pour les nouveau-nés. La durée du sommeil est accrue chez les enfants qui expérimentent le contact corporel.
  • Le cododo aide l’enfant à passer plus facilement d’une phase de sommeil à la suivante. Le Prof McKenna a démontré scientifiquement à cet égard que le cododo entraînait une synchronisation de la respiration de la mère et de l’enfant lorsque ceux-ci dorment ensemble de sorte que la durée et la qualité du sommeil s’en ressentent : l’enfant passe plus aisément d’une phase de sommeil à une autre s’il peut régler sa respiration sur celle de sa mère, il passe moins de temps dans les phases de sommeil profond et se réveille ainsi plus facilement pour combattre une épisode d’apnée du sommeil, la respiration de sa mère l’entraîne et lui permet de retrouver la sienne.
  • Le cododo permet un coucher plus facile. Si l’enfant ne souhaite pas aller se coucher, ce n’est pas qu’il n’a pas envie de dormir, c’est que généralement aller se coucher signifie ne plus être avec ses parents. Ainsi, c’est ce qu’il doit laisser pour aller se coucher qui alimente sa résistance.
Du côté des parents
  • Le cododo permet à la mère d’allaiter allongée et de continuer à dormir en allaitant ou de se rendormir sans effort après avoir allaité. Tous les soins du bébé, y compris le nourrir, seront facilités s’il est près de maman. La nuit, le temps de réponse de la mère sera plus court s’il est près d’elle. Cela aidera aussi la mère à se rendormir plus facilement.
  • Le cododo permet de rendormir bébé sans que le sommeil de la mère n’en souffre sérieusement puisqu’elle pourra agir vite étant à proximité immédiate. Les adultes ajustent généralement leurs rythmes de sommeil quand ils partagent une chambre. Il en sera de même avec bébé. S’il est tout près, les mères habituées à leurs petits bruits, intuitivement émergeront d’un sommeil léger quand ils auront besoin d’eux. Cela est beaucoup moins perturbant que d’être arraché d’un sommeil profond par un réveil.
  • Le cododo permet au père de mieux dormir également. La réactivité accrue de la mère face aux besoins de son enfant permet d’augmenter la qualité de sommeil du père également.

Mais mon enfant ne va-t-il pas s’habituer et vouloir systématiquement dormir avec ses parents ?

Comme l’écrit justement le Prof McKenna « cet avertissement omniprésent [attention le cododo va créer une habitude chez l’enfant, ndlr] est fondé sur des valeurs et des perceptions subjectives et non pas sur la science. ».

La période la plus critique pour l’enfant se situe entre 7 mois et 2 ans, c’est la période où l’enfant acquiert énormément de nouvelles choses : il commence à manger solide, il acquiert la mobilité, le début de la parole, s’y mêlent les poussées dentaires et l’angoisse de la séparation. C’est donc une période où le cododo peut vous sauver la vie. Mais l’enfant n’a besoin que d’une chose : se sentir protégé pendant cette étape. Et quand il aura obtenu cette « protection », qu’il aura compris que la nuit n’est pas un moment menaçant et que ses parents n’ont pas disparus, quand il aura pris confiance en lui, il n’exigera plus la présence de ses parents à ses côtés. Anna Freud dit justement « L’angoisse disparaît quand les relations d’objet de l’enfant deviennent plus sûres et quand le moi acquiert une stabilité suffisante. »

A ceci le Dr Sears ajoute que « L’indépendance en soi n’est pas l’un des objectifs les plus importants de notre rôle de parent. Ce n’est pas la responsabilité des parents de rendre l’enfant indépendant. Ils doivent plutôt créer un environnement sécurisant et favoriser l’éclosion d’un sentiment de bien-être, ce qui permettra à l’enfant de développer naturellement son indépendance».

Ainsi, nombreux sont les protagonistes qui estiment que le cododo permet d’améliorer le sommeil de toute la maisonnée : celui des parents qui se trouvent à proximité des enfants et peuvent répondre rapidement à leurs besoins et celui des enfants qui, dormant à proximité de leurs parents, font le plein de leur capital confiance et calment leurs angoisses afin d’évoluer sereinement vers une indépendance future.

Sources :

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