allaitement, La Tribu des Mamans

Le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel et la difficile promotion de l’allaitement

Travailler un article comme celui sur les différences de composition entre le lait maternel humain et le lait en poudre (que vous pouvez lire ici) a forcément impliqué de s’interroger sur l’histoire du lait en poudre en France. Et s’interroger sur cette histoire a forcément impliqué de constater les taux catastrophiques d’allaitement en France et la prédominance des laits en poudre.

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La France est un mauvais élève, mais elle n’est pas un cas isolé. Dans le monde, les pratiques de l’allaitement sont insuffisantes : seulement 38 % des nourrissons (de 0 à 6 mois d’âge) du monde sont allaités exclusivement au sein. Ce taux extrêmement bas est la résultante directe du désintérêt des gouvernements pour les problématiques liées à l’allaitement. C’est l’un des plus grands obstacles à surmonter aujourd’hui, la méconnaissance du problème de la part les gouvernements, qui a pour conséquence directe qu’ils n’accordent pas la priorité, ou les investissements, à une législation assurant la protection ou la formation du personnel de santé ou à des programmes d’orientation et de conseil destinés à améliorer les pratiques portant sur l’allaitement.

Des politiques et une législation solides – tenant compte du Code International de commercialisation des substituts du lait maternel (dont nous détaillerons les dispositions plus bas) sont nécessaires pour lutter contre les stratégies commerciales agressives des industriels produisant des préparations commerciales pour nourrissons et laits de suite et qui mettent en péril les normes et les pratiques liées à l’allaitement.

Mais cela ne suffit pas, les gouvernements, surtout dans des pays comme la France où la durée du congé maternité fait partie des plus bas du monde (pour un tableau comparatif, voir ici), se doivent de mieux aider les mères qui travaillent à continuer l’allaitement après la reprise du travail si cette reprise ne peut être repoussée ou évitée. L’adoption de politiques et de législations nationales, et leur respect (surtout leur respect finalement), telles que du temps pour l’allaitement ou des espaces prévus à cet effet, permettront de faire en sorte qu’allaitement et travail ne soient pas incompatibles.

Si l’allaitement se porte mal, les ventes mondiales de substituts du lait maternel s’élèvent elles à US $44,8 milliards, et devraient atteindre US $70,6 milliards d’ici 2019. Les techniques agressives et inappropriées de commercialisation de substituts du lait maternel et d’autres produits alimentaires qui font concurrence à l’allaitement continuent de réduire l’efficacité des actions visant à améliorer les taux d’allaitement maternel.

Ces pratiques de commercialisation ont souvent un effet négatif sur le choix des mères concernant l’allaitement maternel et sur leur capacité à allaiter leurs bébés de façon optimale. C’est dans ce cadre que s’inscrivent le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel et les résolutions adoptées ultérieurement dans ce domaine par l’Assemblée mondiale de la Santé (AMS).

Avant de comprendre quelle est la législation applicable aux préparations commerciales, que dites-vous d’un peu d’histoire ?

  • L’histoire de la préparation commerciale

En 1860, le pharmacien Henri Nestlé crée la première farine lactée qui commence une timide carrière jusqu’au jour de 1866 où il sauve, grâce à elle, un petit bébé de quelques mois voué à la mort : le «petit Wanner». Dès lors, la farine devient célèbre et à l’époque, c’est une véritable réponse aux mères qui ne peuvent pas allaiter, mais aussi à la pénurie de nourrices.

Le premier lait en poudre est inventé en 1908 par Maurice Guigoz et obtient la médaille d’argent à l’Exposition nationale de Berne, en 1914. Il se vend dès lors comme des petits pains dans les boulangeries et les officines et dès 1927, sur les étals des pharmacies françaises.

Mais c’est surtout après la Seconde Guerre mondiale qu’apparaît l’âge d’or du lait en poudre. Il est le symbole de la libération de la femme et permet au père de donner aussi le biberon. Simone de Beauvoir écrit à l’époque dans le Deuxième Sexe« L’allaitement est aussi une servitude épuisante ».

Mais hors de tout cadre réglementaire défini, les industriels finissent par aller trop loin et provoquent la confusion chez les parents sur la différence entre le lait en poudre et le lait maternel. Les slogans du type “Pour avoir de beaux enfants, donnez à bébé du lait Guigoz” pullulent.

Cette utilisation incorrecte et abusive des substituts du lait maternel et ses conséquences néfastes sur la pratique de l’allaitement ont conduit, à la fin des années 70, de nombreuses organisations intergouvernementales et non-gouvernementales à réagir.

Fin 1979, l’OMS et l’UNICEF organisent une réunion internationale sur l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant qui rassemble des représentants des gouvernements, des experts médicaux, des agents de santé, des représentants des fabricants d’aliments infantiles, des associations de consommateurs et le Réseau international des groupes d’action pour l’alimentation infantile (IBFAN) et dont il ressort la nécessité d’élaborer un Code destiné à encadrer les pratiques commerciales concernant l’alimentation infantile. C’est ainsi qu’est approuvé en 1981, par une écrasante majorité de 118 voix contre une (le vote négatif émanant des États-Unis), le premier Code International de commercialisation des substituts du lait maternel.

En 1991, un cadre légal est fixé en Europe avec la Directive Européenne concernant les préparations pour nourrissons et les préparations de suite. La version en vigueur aujourd’hui date de 2006. Elle concerne les préparations pour nourrissons (0-6 mois) et les préparations de suite (6-12 mois), et comme toute directive européenne, elle laisse le soin aux États membres de prendre les mesures appropriées de manière à ce que l’information diffusée assure un usage adéquat des produits concernés et n’aille pas à l’encontre de la promotion de l’allaitement maternel.

En France, cette directive a été retranscrite en droit français par l’Arrêté du 11 avril 2008 (voir ici l’Arrêté).

Mais effet entonnoir oblige, entre les recommandations de l’OMS dans son Code et l’Arrêté de 2008 censé retranscrire dans la législation française ces recommandations, en passant par la Directive européenne, l’information s’est quelque peu évaporée…

Voyons de plus près.

  • Ce que dit le Code International de commercialisation des substituts du lait maternel :

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Commençons par son objet (article 1) : « Le but du présent Code est de contribuer à procurer aux nourrissons une nutrition sûre et adéquate en protégeant et en encourageant l’allaitement au sein et en assurant une utilisation correcte des substituts du lait maternel, quand ceux-ci sont nécessaires, sur la base d’une information adéquate et au moyen d’une commercialisation et d’une distribution appropriées. »

Notons, ici l’usage de l’expression « quand ceux-ci sont nécessaires » en visant les substituts du lait maternel.

Champ d’application (article 2) : le code s’applique « à la commercialisation et aux pratiques y relatives des produits suivants: substituts du lait maternel, y compris les préparations pour nourrissons ; autres produits lactés, aliments et boissons, y compris les aliments de complément donnés au biberon, quand ils sont  commercialisés ou présentés de toute autre manière comme appropriés, avec ou sans modification, pour remplacer partiellement ou totalement le lait maternel ; biberons et tétines« .

Il s’applique donc aussi bien aux laits en poudre ainsi qu’à tout aliment désigné comme approprié pour remplacer partiellement ou totalement le lait maternel : produits laitiers, céréales pour bébés, purées de légumes, jus de fruits et tisanes pour bébés, laits de suite. Surtout, il s’applique également aux biberons et tétines.

Le Code énonce ensuite (article 4) que « les matériels à but d’information et d’éducation, qu’il s’agisse de documentation écrite ou de matériel audio-visuel, établis à l’intention des femmes enceintes et des mères de nourrissons et de jeunes enfants et portant sur l’alimentation des nourrissons, devraient comporter des renseignements clairs sur tout ce qui suit :

a) les avantages et la supériorité de l’allaitement au sein ;

b) la nutrition maternelle et la façon de se préparer à l’allaitement au sein et de le poursuivre ;

c) l’effet négatif d’une alimentation partielle au biberon sur l’allaitement au sein ;

d) la difficulté de revenir sur la décision de ne pas nourrir son enfant au sein ;

e) en cas de besoin, l’utilisation correcte des préparations pour nourrissons, qu’elles soient industrielles ou confectionnées à la maison. »

Il ne s’agit donc pas seulement d’informer les futurs et jeunes mamans de l’importance de l’allaitement mais également de leur fournir toutes les informations connexes comme la préparation à l’allaitement (combien de mère renoncent à l’allaitement pour cause de mauvaise préparation ?), la possibilité d’une confusion sein/tétine ou encore le refus de l’allaitement lorsque le biberon est proposé trop tôt (quelle facilité de boire au biberon pour un nouveau-né). Et encore ici, notons l’usage de l’expression « en cas de besoin » pour se référer aux préparations pour nourrissons.

Le Code précise en outre que « ces matériels [à but d’information] ne devraient employer aucune image ou texte de nature à idéaliser l’utilisation de  substituts du lait maternel. »

Concernant la publicité et les étiquetages des substituts au lait maternel, le Code prévoit que :

  • Il ne devrait y avoir ni publicité, ni aucune forme de promotion auprès du  grand public de produits visés par le présent Code.
  • Les fabricants et les distributeurs ne devraient fournir ni directement ni  indirectement aux femmes enceintes, aux mères ou aux membres de leurs familles des échantillons de produits visés par le présent Code.
  • il ne devrait y avoir pour les produits visés par le présent Code ni publicité aux points de vente, ni distribution d’échantillons, ni aucune autre pratique promotionnelle de la vente directe aux consommateurs au niveau du commerce de détail, telle qu’étalages spéciaux, bons de réduction, primes, ventes spéciales, ventes à perte et ventes couplées.
  • Les fabricants et distributeurs ne devraient pas distribuer en cadeau aux femmes enceintes ni aux mères de nourrissons et de jeunes enfants des articles ou ustensiles de nature à promouvoir l’utilisation de substituts du lait maternel ou l’alimentation au biberon.
  • Les étiquettes devraient être conçues de manière à fournir les renseignements nécessaires pour une utilisation appropriée du produit, et à ne  pas décourager l’allaitement au sein.
  • Les fabricants et distributeurs de préparations pour nourrissons devraient veiller à ce que soit imprimée sur chaque emballage, ou sur une  étiquette qui ne puisse pas en être détachée facilement, une inscription claire, bien visible et facile à lire et à comprendre, en une langue appropriée,  comprenant tout ce qui suit :

a) les mots “Avis important” ou leur équivalent ;

b) une mention de la supériorité de l’allaitement au sein ;

c) la mention du fait que le produit ne doit être utilisé que sur l’avis d’un agent de  santé qui en aura indiqué la nécessité et expliqué le mode d’emploi correct ;

d) des instructions concernant la préparation appropriée du produit, avec mise en garde contre les risques, pour la santé résultant d’une préparation inadéquate.

  • Ni l’emballage ni l’étiquette ne devraient comporter de représentation de nourrissons ni d’autres représentations graphiques de nature à idéaliser l’utilisation des préparations pour nourrissons.
  • Il ne devrait pas y figurer les termes tels que “humanisé” ou “maternisé” ni de termes similaires.

Ces dispositions interdisent donc toute publicité relative aux substituts au lait maternel (et substituts tels que définis par le Code !), mais également la distribution d’échantillons, les promotions, bons de réduction, les cadeaux  et autres articles gratuits afin de ne pas inciter les futurs parents ou parents à consommer lesdits substituts. De même, les étiquettes des produits ne doivent pas conduire à cette incitation ou être de nature à entraîner une confusion sur la supériorité de l’allaitement.

C’étaient les dispositions qui concernaient les particuliers. Voyons maintenant ce que dit le Code à propos des systèmes de soins de santé (comme les pharmacies) :

  • Aucune installation d’un système de soins de santé ne devrait être utilisée pour la promotion de préparations pour nourrissons ou d’autres produits visés par le présent Code.
  • Les installations des systèmes de soins de santé ne devraient pas être utilisées pour l’exposition de produits visés par le présent Code, ni pour la présentation de placards ou d’affiches concernant ces produits, ni pour la distribution de matériels fournis par un fabricant ou par un distributeur

Puis des « agents de santé » :

  • Les agents de santé devraient encourager et protéger l’allaitement au sein ;
  • Les informations fournies aux professionnels de la santé par les fabricants et les distributeurs au sujet des produits visés par le présent Code devraient se borner aux données scientifiques et aux faits ; ces informations ne devraient ni impliquer ni donner l’impression que l’alimentation au biberon est équivalente ou supérieure à l’allaitement au sein.
  • Les fabricants ou distributeurs ne devraient pas offrir d’avantages en espèces ou en nature aux agents de santé ou aux membres de leurs familles pour promouvoir des produits visés par le présent Code, et de tels avantages ne devraient être acceptés ni par les agents de santé, ni par les membres de  leurs familles.

On voit bien que la volonté des rédacteurs du Code est basée sur une neutralité et objectivité des systèmes de soins et agents de santé. Le personnel médical est censé promouvoir l’allaitement et prodiguer des conseils avisés lorsque celui-ci n’est pas possible.

Suite à la promulgation du Code en 1981, des résolutions de l’AMS (Assemblée Mondiale de la Santé – WHA en anglais: World Health Assembly) ont été adoptées afin de prolonger et élargir le champ d’action du Code international de  commercialisation des substituts du lait maternel.

Parmi ces résolutions, on peut relever les points suivants :

WHA RESOLUTION 39.28 – 1986 – en 1986 :

  • L’AMS prie le Directeur Général d’attirer spécialement l’attention des États Membres et des autres parties intéressées sur ce qui suit : la pratique actuellement adoptée dans certains pays, consistant à donner aux nourrissons des préparations lactées spéciales (appelées « laits de suite »), n’est pas nécessaire.
  • L’AMS DEMANDE INSTAMMENT aux États Membres de faire en sorte que les faibles quantités de substituts du lait maternel nécessaires pour la minorité de nourrissons qui en ont besoin dans les maternités soient mises à la disposition de celles-ci par les voies normales d’achat et non sous forme de livraisons gratuites ou subventionnées.

Il serait intéressant aujourd’hui de savoir par quel biais sont fournis les hôpitaux à cet égard.

Il convient également de noter que le 18 mai 2001, lors de l’AMS, les États membres de l’ONU ont adopté une nouvelle résolution qui met fin à 10 années de polémiques sur la durée optimale de l’allaitement maternel exclusif : celle-ci est désormais de 6 mois (contre un débat entre 4 et 6 mois préalablement).

Pour conclure sur le Code de commercialisation des substituts au lait maternel, il est important de comprendre que ce texte est une recommandation et non un règlement. Dès lors elle laisse le soin aux Etats Membres de l’implémenter dans leurs législations nationales. C’est une question qui a fait polémique lors de la présentation du texte en 1981. En effet, la nécessité d’un code international n’a pas posé question mais le choix de sa forme a été dicté par une appréciation des chances qu’offrait chacune des deux options d’atteindre l’objectif visé, c’est-à-dire de contribuer à améliorer la nutrition et la santé des nourrissons et des enfants. Le Conseil de l’OMS s’est accordé à reconnaître que le poids moral d’une recommandation unanime pourrait être plus grand que celui d’un règlement qui n’aurait pas été adopté à l’unanimité. C’est ainsi devant une crainte que sous la forme contraignante du règlement, le Code ne soit pas adopté à l’unanimité, que les membres du Conseil lui ont préféré la forme de recommandation et ont permis son adoption à l’unanimité.

  • Ce que dit la Directive Européenne concernant les préparations pour nourrissons et les préparations de suite :

La Directive est plutôt conforme au Code international même si son objectif principal affiché est d’abord de fixer les normes de composition et d’étiquetage des laits en poudre et dans un second temps de permettre aux Etats membres d’appliquer les principes et objectifs du Code international.

La principale différence (et pas des moindres) tient à son champ d’application qui est nettement plus réduit puisqu’elle ne vise plus que les préparations pour nourrisson et préparations de suite qui selon les définitions qu’elle intègre ne correspond en fait qu’aux laits en poudre et laits de suite. Sont donc écartés les autres substituts du lait maternel, quand ils sont commercialisés ou également lorsqu’ils sont présentés comme des produits remplaçant totalement ou partiellement le lait maternel.

Et sont également écartés les biberons et tétines.

Pour le reste, on retrouve les principes essentiels énoncés dans le Code International à l’exception de l’interdiction de publicité de la part des systèmes de soins de santé (ce qui est assez gênant soit dit en passant…).

Notons toutefois, que si l’on s’en tient à son objet, la Directive n’a pas pour objet de promouvoir l’allaitement. Elle n’y fait référence que pour rappeler que l’allaitement est supérieur aux préparations commerciales mais ne fait aucune mention de la durée minimale d’allaitement recommandée ni des bienfaits et de l’importance de l’allaitement pour le développement et la croissance du jeune enfant.

  • Ce que dit l’Arrêté du 11 avril 2008 relatif aux préparations pour nourrissons et aux préparations de suite :

L’Arrêté n’étant qu’une retranscription de la Directive dans la législation française, le champ d’application de celui-ci ne peut être qu’identique ou plus restreint. Et c’est bien sûr une application restreinte qu’a choisi la France.

Afin d’avoir une vue d’ensemble de la législation française applicable, il faut se référer à l’Arrêté évidemment, mais également au Code de la consommation (articles L.122-12 à L.122-16) ainsi qu’au Décret pris en Conseil d’Etat le 30 juillet 1998.

Les textes français sont globalement identiques à celui de la Directive à l’exception de certains points relatifs à la publicité. Ainsi concernant la publicité, la critique la plus importante concerne le champ d’application de l’interdiction puisque les articles du code de la consommation applicables n’interdisent la publicité que pour les préparations 1er âge, définies comme les préparations destinées à l’alimentation des enfants jusqu’à l’âge de 4 mois (!!).

Par ailleurs, on ne retrouve aucune disposition concernant l’interdiction de promotion par des systèmes de soins de santé ni visant expressément les agents de santé.

Notons également que dans l’Arrêté, on change de ton : ce n’est plus l’allaitement qui est supérieur aux substituts mais les substituts qui ne sont pas l’égal ou supérieurs à l’allaitement.

Ainsi, tout comme la Directive, l’Arrêté n’a pas pour objet de promouvoir l’allaitement et ne fait aucune mention de la durée minimale d’allaitement recommandée ni des bienfaits et de l’importance de l’allaitement pour le développement et la croissance du jeune enfant. Sur ce point, la France a progressé dans son application du Code depuis la publication de l’Arrêté en 2008, en adoptant pour la première fois dans la régulation de l’étiquetage la norme de l’allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois de l’enfant.

Néanmoins, le principal apport de ces textes réside dans la mise en place de sanctions. Le Décret de 1998 prévoit ainsi une sanction pour toute publicité qui enfreindrait les règles énoncées dans les textes. Ces infractions à la loi peuvent être dénoncées auprès du Procureur de la République. Toutefois, en cherchant, je n’ai pas réussi à mettre la main sur une quelconque sanction qui aurait été édictée à l’encontre, par exemple, d’une pharmacie qui ferait une promotion interdite par les textes, et pourtant elles sont nombreuses. Cela ne signifie évidemment pas qu’il n’y en a pas eu. En effet, il serait impossible de trouver une sanction qui aurait été prise à l’égard d’un professionnel de santé par l’ordre auquel il est rattaché. Mais au regard des violations quotidiennes que l’on peut observer à l’égard des textes, il est permis de douter du caractère coercitif de ce mécanisme de sanction..

  • Conclusion

Pour une vue d’ensemble, vous pouvez retrouver ici un tableau récapitulatif et comparatif que j’ai réalisé sur les textes : Tableau récapitulatif et comparatif

On peut conclure par le constat que le champ d’application restreint des textes français ne correspond pas à la définition du Code International. En particulier, les laits 2e âge et les biberons et tétines font l’objet d’une promotion intense interdite par le Code International : publicité dans les revues destinées aux familles, distribution gratuite de produit durant des manifestations, goodies chez les pédiatres, dans les pharmacies.

Notons qu’aucun emballage de biberon ou de tétine n’informe la mère allaitante du risque de confusion sein/tétine qui peut survenir en cas d’utilisation de ceux-ci.

Chez mon pédiatre, outre la multitude de stylos Gallia, Nestlé etc, même la table à langer est siglée Guigoz.

De même, les relations entre professionnels de santé et industrie alimentaire infantile sont absentes des textes alors qu’elle figurent aux articles 6 et 7 du Code International et dans la Résolution WHA49.15 de l’AMS. De sorte qu’aujourd’hui encore de nombreuses manifestations (congrès, publications médicales) sont soutenues par cette industrie.

Sur un plan mondial, très peu de pays ont mis en œuvre une procédure de suivi régulier de la mise en œuvre du Code.

Les industriels et distributeurs bafouent régulièrement les dispositions du Code ou font une lecture personnelle du Code, en affirmant par exemple qu’il s’applique uniquement aux pays en voie de développement, ou seulement aux laits industriels dits de 1er âge. Or, d’après le Code, est considéré comme un substitut du lait maternel : « Tout aliment commercialisé ou présenté de toute autre manière comme produit de remplacement partiel ou total du lait maternel, qu’il convienne ou non à cet usage ». Et l’AMS l’a rappelé dans plusieurs Résolutions.

Les organisations non gouvernementales, les associations de professionnels de santé ou de bénévoles qui tentent d’attirer l’attention sur les violations du Code sont bien souvent ignorées. L’IBFAN (International Baby Food Action Network) recense régulièrement ces violations, et publie des rapports d’évaluation (Breaking the rules) listant les violations commises par les principaux fabricants de lait industriel et de matériel de biberonnerie dans le monde. D’après l’IFBAN, les violations sont très variées : ajouts d’additifs (type acide gras), distribution gratuite d’échantillons, dénigrement de l’allaitement maternel exclusif, information délivrée sans validité scientifique, démarchage auprès des services de santé et des professionnels de santé, parrainage de séminaires médicaux, etc.

Pour un exemple de violations par notre violeur de règles préféré, j’ai nommé Nestlé : http://www.ibfan-icdc.org/files/ICDC_FOCUS-NESTLE.pdf

Il y a donc un sérieux problème d’application ainsi qu’un sérieux problème comportemental de la part des industriels et des lobbies.

Et ce non-respect des règles relatives à la publicité emportent des conséquences beaucoup plus importantes qu’on ne l’imagine. Les industriels ne pratiquent certes pas de publicité à propos des laits 1er âge, mais ils envahissent les médias grand public en présentant des laits dits de 2ème âge ou de suite dont la présentation générale est quasiment similaire ou parfois identique à une couleur près à celle des laits 1er âge. C’est comme les gammes ombrelle des médicaments, l’industriel commercialise différents produits sous un même nom de marque et une identité visuelle connue.

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Ci-dessus, une photo que j’ai prise hier en passant devant une pharmacie de centre-ville.

Il est également courant de voir, dans les publicités pour un lait industriel, une mère donner un biberon en tenant son bébé contre sa poitrine, dans une position évoquant l’allaitement, ce qui conduit à idéaliser l’alimentation au lait industriel. Idéalisation qui est soit dit en passant interdite par la législation en vigueur.

J’ai reçu encore hier, un échantillon de Nestlé céréales pour bébé directement dans ma boîte aux lettres.

Ne sous-estimez pas le pouvoir des médias sur nos subconscients.

Ces sujets me révoltent car ils ont détruits, en plusieurs années, des décennies de savoir-faire lié à l’allaitement à tel point qu’aujourd’hui l’allaitement n’est plus la norme en France.

Et ça me révolte d’autant plus que nombre de mamans font leur choix sans la bonne information préalable de la part des médias ou des professionnels de santé.

Il n’est pas ici question d’entrer dans le débat pour ou contre les préparations commerciales pour nourrisson. Ce choix est un choix intime dont seuls les parents ont la responsabilité. En revanche, il est du devoir de votre professionnel de santé de vous informer préalablement à votre choix.

Or, combien de fois a-t-on entendu un pédiatre dire « il vaut mieux une maman heureuse qui donne le biberon, qu’une maman malheureuse qui allaite » au lieu d’accompagner cette maman vers le bonheur de l’allaitement, en lui expliquant au préalable ce qu’est l’allaitement, quelle est son importance pour le développement cérébral et la croissance de son enfant, en lui expliquant les bienfaits de cet allaitement pour elle, la mère, et en étant à ses côtés lors des premières tétées, avec les bons conseils et en la rassurant sur la suite ?

Combien de pédiatres s’indignent du fait que leur patiente allaite encore après 6 mois ?

Combien de pédiatres préconisent à des mamans allaitantes d’introduire l’alimentation solide dès 4 mois ?

Alors oui, le Code international et son respect est importante, mais le message d’information qu’il diffuse et impose aux Etats l’est encore plus.

Comme nous l’avons vu en introduction, des politiques et une législation solides sont nécessaires pour lutter contre les stratégies commerciales agressives des industriels. Mais il faut surtout et avant tout encourager la formation du personnel de santé qui est le premier interlocuteur des futurs et jeunes mamans. Or leurs lacunes conduisent aujourd’hui un bon nombre de jeunes mamans à abandonner l’allaitement suite à de mauvais conseils ou un accompagnement insuffisant.

Et pour finir, un petit rappel des recommandations de l’OMS concernant l’alimentation du nourrisson et jeune enfant :

L’OMS recommande l’allaitement au sein exclusif pendant les 6 premiers mois suivant la naissance. De 6 mois à 2 ans, voire plus, l’allaitement doit être complété par des aliments solides tels que des fruits ou des légumes en purée. En outre:

  • l’allaitement au sein doit commencer dans l’heure suivant la naissance;
  • l’enfant doit être allaité «à la demande», aussi souvent qu’il le désire, nuit et jour;
  • les biberons ou les tétines sont à éviter.

Pour un article détaillé sur les recommandations de l’OMS, c’est ici (article en cours de rédaction).

Sources :

http://www.who.int/nutrition/publications/code_french.pdf

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000018685743

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000740770

https://www.unicef.org/french/nutrition/index_breastfeeding.html

https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/1034

https://www.lllfrance.org/vous-informer/953

https://www.lllfrance.org/vous-informer/promotion-et-protection-de-l-allaitement/956-mesures-prises-en-france

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